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Le Corbusier et son modèle intemporel

Chaque année, dans l’ameublement d'intérieur, des centaines de nouveaux produits et de collections apparaissent (canapés, tables déjeuner, fauteuils, meubles divers...). On y découvre de nouvelles formes, de nouvelles matières, de nouveaux types de tissus... tous répondent fièrement aux “tendances” du moment. Dans le lot, quelques modèles rencontrent un succès fulgurant et sont exposés partout (salons professionnels, réseaux sociaux, magazines déco), et puis quelques années plus tard, ils disparaissent subitement du paysage comme s’ils n'avaient jamais existé.

À l’inverse, d'autres pièces perdurent malgré les époques, les styles et les différentes évolutions de consommation. Le “LC3” de Cassina (cf: photo ci-dessous) fait clairement partie de ces "oiseaux rares".

Mais alors, pourquoi certains meubles deviennent intemporels quand d’autres vieillissent presque immédiatement ?

Lorsqu’on découvre le modèle LC3 pour la première fois, on ne se dit pas instinctivement que c'est un produit “séduisant”. La structure tubulaire en acier est très visible, ses lignes sont strictes, son dessin relativement froid. Enfoncé dans sa "cage" de métal, nous sommes loin des codes chaleureux, légers ou décoratifs conçu aujourd'hui.

Pourtant, près d’un siècle après sa création (1928) par Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, le “Fauteuil Grand Confort” continue d’apparaître comme l'une des figures emblématiques de ce qui définit l'intemporalité.

À l'origine, le modèle n’avait pas été pensé pour suivre une tendance décorative précise ; mais pour répondre à une réflexion bien plus profonde sur l’habitat. Car à l’époque, montrer la structure d’un canapé représentait un symbole de rupture ; et associer une armature presque industrielle à des coussins très larges l’était encore plus.

Le LC3 ne cherchait donc pas à rassurer son public, il voulait simplement proposer une nouvelle lecture du confort et de la modernité. C’est sans doute cette sincérité qui lui a permis de traverser les décennies sans paraître complètement démodé.


Lorsqu’on observe les grands modèles devenus iconiques dans l’histoire du mobilier de salon, on retrouve le même schéma :

Le “Togo” de Ligne Roset, semblait beaucoup trop bas, trop mou et trop atypique lors de sa sortie (cf : photo ci-dessous)

Le “Bubble” de Roche Bobois, quant à lui, jouait sur son esthétique très organique et bousculait les références plus conventionnelles du mobilier traditionnel de par son aspect très (trop) organique (cf : photo ci-dessous)

Tous ont survécu aux tendances qui les entouraient et traversent celles d’aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu’ils possèdent quelque chose dont beaucoup de collections actuelles semblent malheureusement dénuées : une identité produit très forte.

Et c’est là que se situe l’un des plus grands paradoxes du marché de l’ameublement. En effet, aujourd’hui, énormément de collections semblent pensées pour séduire rapidement en photo, avant même de fonctionner dans un intérieur. Les lignes se ressemblent toutes, les couleurs proposées sont prévisibles, les matières n'ont rien d'innovantes et les silhouettes semblent finalement interchangeables.

Évidemment, cette logique s'explique aisément par un marché qui évolue très vite, des marques qui doivent faire tourner leurs boutiques, des distributeurs qui veulent faire rentrer de la nouveauté etc...

Mais à force de vouloir répondre absolument aux tendances du moment, beaucoup de collections finissent par perdre leur singularité et s'éteignent instantanément. Et sans singularité, il est impossible de traverser le temps.

À tel point que certaines collections contemporaines donnent parfois l'impression d’avoir été dessinées uniquement dans le but de produire un impact visuel, sans aller plus loin. Pourtant, l'objet qui impressionne rapidement est rarement celui qui s'intègre durablement dans une culture. Les modèles intemporels, eux, semblent reposer sur une vision clairement différente. En effet, ils ne cherchent pas uniquement à être "beaux", ils cherchent avant tout à répondre à un besoin implicite du consommateur ; et cette différence change absolument tout.

Par exemple, Roche Bobois avec son modèle iconique "Mah Jong" a proposé de transformer l'espace salon en un lieu de composition originale (cf : photo ci-dessous)

Autre exemple : Le “Camaleonda” de B&B italia introduisait, à sa façon, une modularité capable d’évoluer selon les usages de son utilisateur (cf : photo ci-dessous)

Même Renault avec sa “2CV”, qui pourtant ne souhaitait initialement que "4 sièges sous un parapluie pouvant avancer à 50km/h sans casser un panier d'œufs sur la plage arrière", a finalement proposé une convivialité dans l’habitacle, une souplesse de conduite et une nouvelle définition de la voiture familiale. Aujourd’hui encore, certains consommateurs disent que "ce n'est pas une voiture, c'est un art de vivre"

Ainsi, le “LC3” continue de traverser les générations pour une raison très simple : il n’a jamais essayé d’être tendance, il a simplement essayé d’être juste. Et les objets dit "intemporels" sont précisément ceux qui s'ancrent dans une prise de risque de leur créateur et cessent de chercher à séduire immédiatement.